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 Lux Delux 

  Performance du Théâtre de la Démesure

  Six personnes sont dans une pièce séparée de l'exposition, qui n'ont ni connaissance du lieu ni de l'installation, et invitent tour à tour des personnes à venir témoigner de ce qu'ils ont vu.
  À la fin du compte à rebours présent dans l'installation, les projecteurs s'éteignent définitivement et dans le noir une performance a lieu, créée à partir des témoignages recueillis...

Le produit final

J'ai vu à peu près. Enfin peut-être.
Il faut que je te fasse une description.

En premier, j'ai lu les textes. Avec les images photocopiées.

Je suis rentrée dans la pièce.

Pour l'espace, c'est très simple.

Ici, c'est la pièce où vous êtes.
Ici, il y a une porte.
Ici, vous, vous êtes là.

Là, il y a un autre grand mur avec une grande photo d'un mec. Avec une moustache.

Ici il y a un projecteur qui renvoie une image dans l'angle.

Ouais. Ouais.
Ouais. Ça c'est un mur.

Là, projeté, il y a un compte à rebours.
Là, on est à 2h40.
Dans 2h40 il se passe quelque chose.

Ce mur-là, il est plus comme ça.

Ici, l'espace est plus profond que là.

Ici il y a de la moquette.
Bleu marine.
Ici c'est, je pense, du béton brut.

Ici, on a un banc.
Ici, on a un espace libre.

Le lait

Là, il y a des briques de lait glacé empilées les unes sur les autres.

Il y a des montagnes de sucre.

Le premier truc qui m'est venu à l'esprit, c'est du sucre.
Après, c'est de la glace.
Ensuite, j'ai vu le désert.

Après, j'ai vu les ombres sur la montagne de glace.

La projection d'une image, et cette image c'est le désert.
Ça veut dire beaucoup.

Au fur et à mesure que la montagne de glace s'effondre, on peut voir l'image qui est projetée.
Puisque la glace fait de l'ombre sur le mur, et l'ombre s'effondre avec la glace.
Et on peut voir au fond l'image du désert.
Au bout d'un moment.

L'ombre au bout du couloir de la glace s'effondre, et donc on aperçoit l'image du désert.

Ça commence à couler.
On commence à avoir une petite flaque de lait.

Il y a du lait qui coule, presque qui fond.
Il vient se mettre dans la rainure.
Du carrelage.
Il doit être rouge.

La lumière passe entre les briques.

Le lait est le plus fort...
Non... C'est quand même un peu froid.
Je ne vais pas parler des briques de lait.

On voit quand même un fort dans le désert.
C'est l'ombre.
L'ombre, c'est la terre rouge.
On dirait un fort maya dans le désert.

Le lait qui fond, c'est très clair, sur le temps qui passe, l'Egypte, les pyramides...
Une espèce de forteresse dans le désert...
Ça me fait beaucoup voyager.

La mer envahit la terre? C'est ce qui se passe.
Voilà ma conclusion.

Ici on a une photographie d'une nana dans une espèce de champ à la campagne.
Elle est à moitié de dos.
C'est en couleur.
C'est esthétisé.

C'est des photos de famille.
Sur celle de gauche, c'est un paysage de montagne.
Sur celle de droite, c'est une prairie avec une fille assise.
J'aime beaucoup l'image de la jeune fille qui boit dans un champ.
Je crois qu'elle ne boit pas. Elle est juste assise.
Elle ne nous regarde pas.

Sur la fille, sur sa photo, elle est dans la prairie, donc on ne voit que la prairie.
Là, dans la montagne, on voit l'horizon.
Ce qui fait que, les deux juxtaposées, on voit la fille en train de boire, ou je ne sais pas ce qu'elle fait exactement.
Mais tu vois la fille avec un horizon de montagne. Ca c'est intéressant.

Il y a une douceur dans cette photo, une couleur intéressante. Une lumière.
Une poésie que je trouve intéressante.

Des photos de vacances, des photos d'amateur.
Je ne pourrais pas la dater. Je dirais un peu ancien.

L'homme à la moustache

Le type à la moustache est sur du papier collé.
Mais il est projeté.
Mais ça doit être juste un projecteur blanc pour l'éclairer.

C'est une photo. C'est un gros plan. C'est un portrait d'un mec qui a une moustache.
En noir et blanc.
Une photo qui paraît ancienne.
Du début du vingtième siècle.

Il a des petits yeux, il a une moustache, il a un gros nez.

Il n'a pas un gros nez.

Il a l'air méchant.

Je l'ai vu.

Je ne sais pas.

J'ai une copine qui croit que c'est Hitler.
Arthur Rimbaud.
Che Guevara.
Il ressemble à Elie Domota, le syndicaliste guadeloupéen.

Mais on n'est pas sûres.

L'homme est jeune. Assez jeune.
Il n'est pas antipathique. Il ne sourit pas. Il est froid.

C'est un portrait.
Bizarrement biseauté.
Pour faire un effet ? Pour jouer avec l'espace ?
Peut-être pour couper avec le mouvement... Pour pas faire descendre la nuque ?
Je ne me suis pas trop posé la question.

Et ce portrait est éclairé par un projecteur qui est là.

C'est grand.

Il a une moustache, mais ça me fait penser...

Mais ça ne ressemble pas du tout à ça.

Je crois qu'il a des cheveux. Je crois qu'il a des cheveux.

Je ne sais pas trop comment il est.
Il a une moustache.

La fille au plafond

Ici, on a un miroir incliné, qui lui-même projette dans l'angle du plafond une photographie d'un visage.
Je crois que c'est en noir et blanc.
Une fille, jeune.
Je ne peux pas t'en dire plus.

Il faut que l'image soit suffisamment forte.

C'est au plafond.

Donc, là, le bar.
Là, il y a un petit comptoir avec marqué : « Gagnez un jambon ».
Avec une bière à deux euros.
Ce qui est vraiment sympa, à Paris. Je crois que c'est de la Kronenbourg.
Tu peux aussi avoir un vin chaud à trois euros, tu peux avoir un whisky coca à trois euros...
De la Bionade.
C'est une limonade bio.
De sureau.

Tu prends rien au suivant qui passe derrière toi.
Tu laisses l'expo intacte.

Ici, il n'y a rien. Il n'y a rien.

Là, tu as un super radiateur.
Quand ils font des fêtes, je monte dessus.
C'est mon podium.
Inamovible.

Rentrons dans le vif du sujet.

Il y a deux petites enceintes qui sont juste là.
Peut-être qu'il y en a d'autres.
Elles diffusent cette petite musique d'ambiance.

C'est une musique plutôt... C'est... performance.
Musique de performance.

Ce n'est pas l'ambiance d'une fête.
Les gens sont attentifs.
Je me sens bien.

Je trouve que c'est une belle exposition.

Je passe plutôt une bonne soirée.

Ça fait peur votre truc.
En plus il n'y a pas de jambon.
Je viens d'arriver, alors je n'ai pas l'essence de l'ambiance.
Ça fait dix minutes que je suis là.
Je peux vous dessiner, si vous voulez, un truc.
Cela me ferait plaisir de gagner un jambon.
Le jambon, c'est quand même ça qui est en jeu.

Le sens ?
De tout ?

Pourquoi ils ont fait ça ? Je n'en sais rien.
J'aime bien. C'est tout ce que je peux dire.

Il y a beaucoup de visages.

On sent vraiment la réflexion et la recherche.

Ils ont cherché des supports.

Je ne sais pas pourquoi ça existe.

C'est des images. Des images de photos, mais pas développées. Pas sur du papier.

Je n'ai pas vu d'image imprimée.
C'est important qu'il n'y en ait pas.
Je trouve ça intéressant.

Je trouve que les images projetées sont empreintes de poésie.

C'est chouette. C'est intéressant. C'est bien.
C'est marrant. Ca marche.
C'est un truc simple.
Ça marche.
Ça le fait.
C'est pas cher.
C'est pratique.
Ça peut se faire chez soi.
Ça peut impressionner les copains.
Qui voient ou qui voient pas.
Ça fait un petit machin.
Vendable !
C'est super vendable.

L'artiste n'a visiblement pas mis ces images par hasard.
Ça raconte une histoire.

Je suis sûr que le mec sait pourquoi il a mis cette fille.
Mais ça m'échappe complètement.

Et il nous met ces deux trucs...
On n'a pas les clefs.
J'aurais envie de les avoir.

Sur le lait, je me raconte spontanément une histoire.
C'est des sensations d'histoires.
On sent qu'on pourrait.

Mon histoire à moi.
Une projection.
Gizeh, les Pharaons, la planète qui disparaît...
Broder. On peut broder.

Il y a beaucoup plus de monde qu'avant.
Ce qui fait qu'on ne voit plus grand-chose.
C'est une foule compacte.
Il y a des glaçons fondus.
Il y a du lait au sol.
Qui coule vers vous.
Juste là.
Il y a du lait qui va bientôt vous envahir.

Je ne sais pas encore ce qui va rester.

Je connais bien les gens qui ont fait les œuvres.
J'ai un regard un peu à part.
J'y penserai demain.




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